Demain, second tour des législatives en Polynésie, avec un jour d'avance sur la métropole.
Avec un remake du premier tour très désagréable, pour ne pas dire insupportable, pour tout militant socialiste nécessairement intransigeant sur la laïcité.
Je vous raconte. La semaine dernière, après maintes hésitations, je me rends aux urnes, avec l'intention de voter pour le candidat que nous soutenons, à savoir Oscar Temaru. Je n'ai aucune
confiance dans le personnage, sorte d'illuminé mystique, qui, du fait de ses outrances verbales et parfois même xénophobes, décrédibilise son combat de toujours, par ailleurs respectable, à
savoir l'indépendance de la Polynésie.
Mais bon. J'oublie le passé récent et son passage fumeux à la Présidence du gouvernement. Seul compte, me dis-je, le fait que mon petit rectangle de papier déposé dans une urne accroîtra le
pourcentage de voix attribué à la gauche sur le plan national.
Et là, le choc, en découvrant le bulletin de vote en question. Au beau milieu dudit bulletin, une croix chrétienne... Je me pince, non je ne rêve pas. Une croix, blanche sur fond bleu, la couleur
des indépendantistes. Je pénètre dans l'isoloir avec la liasse. Que faire ? J'examine tous les autres bulletins à la recherche hypothétique d'un quelconque candidat, je ne sais pas moi, d'extrême
gauche ou écolo. Je ne vais quand même pas quitter le bureau de vote sans marquer un minimum mes attachements.
Rien... Voter centriste ? Hors de question !
J'ai donc, avec mes petits doigts musclés par des milliers d'heures de clavier informatique, minutieusement découpé la croix, et par conséquent, voté nul. Pour la première fois de ma vie, je n'ai
pas pu voter à gauche. Traumatisant !
Le soir même, petit dîner entre amis. Tous de gauche. Tous du même avis sur la croix. Certains ont fait le choix du MODEM. Je ne les blâme pas.
Tout cela est d'autant plus navrant, que ce n'est pas un coup d'essai pour ce personnage. Dès qu'il fut élu Président en 2004, il fit accrocher une croix à l'assemblée territoriale. Cela provoqua
un tel tollé qu'il dut se résoudre à la retirer. Cela n'a jamais empêché le PS de le soutenir, au nom du combat contre Gaston Flosse. Ni de gêner notre chère Ségolène quand elle évoque son ami
Oscar, avec lequel elle se serait bien vu faire un tour de pirogue sur le lagon.
Je comprends bien qu'il faille, ici comme ailleurs, combattre la droite. Mais doit-on le faire au prix de renier une conviction républicaine fondamentale, la laïcité ?
Ma réponse est non, clairement non. Jamais !
Demain, je retournerai donc à l'échafaud électoral, muni d'un marqueur ou d'une paire de ciseaux à bouts ronds.
Demain, à Tahiti, la laïcité sera bafouée par ... la gauche.
Qu'un seul de nos responsables nationaux me lise.
Et me réponde.
Vite...
Prenez soin de vous.